Si je te dis -M-, je suis sûre que tu as déjà des images en tête, non Reader ? L'analyse du jour va porter sur Matthieu Chedid, et plus particulièrement son alter égo qu'il fait vivre depuis 30 ans ! Pour moi, l'identité de -M- c'est l'exemple parfait de ce qui fait une identité visuelle solide : le juste niveau de cohérence, de constance, et de ré-interprétation. Suis-moi, je te décortique tout ça pas à pas (ok ça va être dense mais promis c'est passionnant !) Bécots. Manon :*
↘︎ Prêt·e à travailler ensemble ?
Le sprint Reine-Claude, c'est : 2 designers qui bossent que pour toi x 2 journées créatives & pragmatiques.
Fini de procrastiner sur ton branding. On crée ensemble l'identité qui va bosser pour toi.
↘︎ L'alter ego comme pilier d'une image de marque héroïque
En 1997, Matthieu Chedid est un artiste français hyper talentueux mais paralysé par la timidité. Genre, vraiment. Il a grandi dans une famille ultra-connue (papa Louis Chedid = chanteur célèbre, mamie Andrée Chedid = poétesse de légende), et la pression, elle est là. Au détour d'une chanson, il se crée un personnage, un alter ego, qu'il baptise -M-. Ce choix lui permet de :
Gérer sa timidité maladive sur scène
Se distancier du poids familial (exister sans qu'on lui colle l'étiquette "fils de")
Se créer un espace de liberté artistique totale (pouvoir faire ce qu'il veut, sans se soucier du regard de l'autre)
Anecdote que j'ai apprise en faisant mes recherches (la fille sérieuse ^^) : à la base, il pensait que ce personnage durerait quelques années max. Mais 29 ans plus tard, le personnage est toujours là, plus fort que jamais.
D'ailleurs, se construire un alter-ego n'est pas une technique réservée aux chanteurs. Geneviève Gauvin, entrepreneure québécoise que j'adore (aka la "Business Baddie" avec ses cheveux roses iconiques), utilise exactement la même stratégie. Elle en parle dans son podcast Effrontée #45 ↗︎ : elle a un alter ego qu'elle active consciemment pour plus facilement enregistrer ses podcasts, faire ses prises de parole publiques, ses lives, ...
Le motif -M- s'invite partout
Un des éléments qui m'a marqué, c'est l'im-permanence du logo -M-. Le logo et les polices de caractères changent, tout autant que les couleurs et l'univers musical. Et pourtant : une lettre + deux traits d'union qui suffisent à créer une reconnaissance immédiate. C'est balèze.
Il coche toutes les cases d'un bon logo :
✅ Simple : un enfant de 5 ans peut le reproduire ✅ Mémorisable - Tu le vois une fois, tu t'en souviens ✅ Reproductible - Fonctionne sur tous les supports (affiches, vinyles, costumes, merchandising) ✅ Déclinable - S'intègre partout sans perdre son identité ✅ Versatile - Marche en noir, en blanc, en couleur, en 3D, et a même évolué sous plein de formes différentes.
(est-ce que ton logo coche ces cases ? 👀)
Et puis ça va bien au-delà : M a transformé une simple lettre en système graphique complet.Tu vois le -M- :
Sur les pochettes d'albums (évidemment)
Dans la coiffure (littéralement sculpté dans ses cheveux)
Sur les costumes (brodé, imprimé, intégré dans les coupes)
Dans les scénographies de concert (projections, structures lumineuses)
En merchandising (t-shirts, casquettes, accessoires)
C'est un symbole qui colonise tous les points de contact avec cohérence totale.Et franchement ? C'est exactement ce qu'on devrait tous faire avec nos identités visuelles.Choisis UN élément signature. Et décline-le PARTOUT, avec créativité.
À chaque ère son code chromatique
Clairement, M comprend que la couleur raconte l'histoire. Il utilise la couleur comme marqueur temporel. Chaque album = une nouvelle palette colorée = une nouvelle ère visuelle.
Le Baptême, 1997 🟠 Ère orange Gilet velours orange + fausse fourrure. Chiné aux puces. C’est brut, c’est de l'énergie pure, c’est l’explosion du personnage.
Qui de nous deux, 2003 🩷 Ère rose Redingote en coton/lin rose signée agnès b.
Attend et ça, c’est pas anodin : il collabore pour la première fois avec une créatrice mode reconnue. Ça envoie un signal clair : c’est pas du déguisement, c’est de la création artistique. L’album parle de paternité (sa fille Billie vient de naître), et le rose devient la couleur de cette tendresse.
Mister Mystère, 2009 ⚪️ Ère blanche Veste satinée blanche brodée de perles noires, design Macha Makeïeff (metteuse en scène et costumière renommée).
Îl, 2012 🔴 Ère rouge et noir Veste à sequins noir/rouge + lunettes PVC lumineuses, design James Thierrée (petit-fils de Chaplin, artiste de cirque et créateur). Retour explosif du personnage !
Lamomali, 2017 🟡 Ère jaune Costumes aux influences africaines, tissus colorés, motifs traditionnels maliens intégrés à son esthétique théâtrale.
Il fusionne son identité visuelle avec l'esthétique malienne. C'est un projet collaboratif avec Toumani et Sidiki Diabaté (maîtres de la kora malienne), et le titre lui-même est un néologisme : "l'amour + Mali". Visuellement, il intègre des couleurs chaudes, des textiles africains, tout en gardant sa silhouette signature. C'est pas du folklore, c'est une vraie fusion culturelle assumée.
Rêvalité, 2022 💜 Ère violette Costume violet + guitare custom "Flying-M-" avec logo troisième œil lumineux.
Fun fact : Cette stratégie de réinvention par la couleur, on la retrouve aussi chez Billie Eilish,chaque couleur capillaire marque une transformation artistique et visuelle radicale. Si le sujet t'intéresse, pense à voter à la fin de cette news :)
De la coiffures aux lunettes : as-tu vu le hibou ?
Quand Matthieu est enfant, sa grand-mère Andrée Chedid lui offre une lithographie de Bernard Buffet représentant un hibou petit-duc (Scops Owl). Le hibou a des aigrettes, ces petites plumes dressées sur la tête qui forment deux pointes.
Ça n'est que 10 ans après qu'il réalise que sa coiffure sculptée en forme de M reproduit exactement les aigrettes du hibou de son enfance.
À gauche : Le petit Duc – 1984 - Bernard Buffet
"Mais l'histoire ne s'arrête pas là ! Le personnage M évoluant, il y a environ huit ans, j'ai décidé d'arrêter la coupe de cheveux et de créer des « lunettes M ». Et une fois de plus, quelques années plus tard, j'ai compris qu'une suggestion secrète avait guidé mon choix. La forme des lunettes est exactement similaire aux ailes des papillons de Buffet ! Et si on regarde bien, on y retrouve un peu la forme les yeux du hibou."
Ah oui, parce que M n'a plus les cheveux en pointe en gel, tu avais remarqué j'imagine ? Remonte un peu plus haut pour véirfier : il a même eu une période cheveux normaux + lunettes, avant de passer aux casques-coiffures extravagants.
La mode comme prolongement de son identité visuelle
Matthieu Chedid ne monte pas sur scène en jean-baskets comme à la ville (ou alors avec un petit chapeau alors) Chaque costume est pensé dans un système graphique. Et ce qui est dingue, c'est que depuis 1997, il maintient des codes vestimentaires ultra-cohérents :
✅ Costumes flamboyants monochromes : une seule couleur dominante par ère, mais portée à fond. ✅ Travail avec des artistes & designers de mode. ✅ Pantalons slim + vestes longues aux cols relevés en pointe : silhouette signature reconnaissable instantanément ✅ Chaussures Repetto "Zizi" : richelieu en cuir lacé noir et blanc : les mêmes que portait Serge Gainsbourg. Un clin d'œil assumé à la tradition chanson française.
Encore une fois, il a créé un uniforme de scène qui évolue sans se renier : des constantes + des variations.
Matthieu Chedid est célèbre pour ses guitares customisées (je te passe les blogs de geekous sur lequels je me suis retrouvée pendant ces recherches ^^). Notamment cette guitare rose qu'il a fait construire pour sa fille Billie quand elle est née en 2002, et qu'il a ensuite intégrée dans ses concerts de l'ère Qui de nous deux.
Plus récemment, pour la tournée Rêvalité, il débarque avec la "Flying-M-" une guitare custom avec un logo troisième œil lumineux intégré. Tu vois ce que je vois ? Même ses instruments sont brandés. Ils portent le symbole, la couleur de l'ère, l'émotion du moment.
Alors évidemment on est pas tous des musicos sur scène, mais la question reste légitime : est-ce que TOUS tes outils de travail racontent ton identité ? Parce que si M brande même ses guitares, toi aussi tu peux utiliser tes supports, tes outils, ton univers professionnel pour raconter ton histoire. Tout compte. Chaque support, chaque interaction avec ton client.
Pourquoi cette identité fonctionne si bien ?
Pour moi ça tient surtout à cette équation :
Cohérence + évolution permanente.
Il a des constantes (le M, la silhouette, la théâtralité) qui permettent de varier librement tout le reste (couleurs, costumes, typos - et même la musique, mais c'est un autre sujet osecour). C'est le secret numéro un d'une identité qui dure : des fondations solides qui te donnent le droit de changer.
Ce qu’on peut tous en retenir
Tu n'es pas M, et tu n'as pas son budget. Mais tu peux appliquer les mêmes principes à ton échelle :
Choisis UN élément signature fort Pour M, c'est la lettre M. Pour toi, ça peut être une forme, une typo, un motif, une couleur. Mais choisis-en UN et décline-le partout. Obsessionnellement.
Ancre ton identité dans une histoire vraie Le hibou de la grand-mère, la guitare rose pour sa fille... Ces détails créent de l'émotion et rendent ton branding mémorable. Vraiment mémorable. Quelle est TON histoire ? Qu'est-ce que qui te différencie. (pas besoin de tomber dans le pathos ou de raconter ta life, t'inquiète pas)
Ose évoluer sans tout jeter M a abandonné sa coiffure en 2009 puis l'a reprise. Il a prouvé que tu peux faire évoluer ton identité sans perdre ta cohérence. Parfois, épurer son identité, en garder l'essentiel permet de se rendre plus lisible.
Pense TOUS les points de contact De ta signature mail à tes supports de formation, ton site web, ton calendly, ton email d'accueil... Chaque détail doit raconter la même histoire. C'est ça, une identité visuelle cohérente ;)
↘︎ passer à l'action
Exercice 1 : Identifie ton élément signature
Note sur une feuille : quelle est la constante visuelle de ton identité ? Une couleur ? Une forme ? Une typo ? Un motif ? Si tu n'en as pas, c'est le moment d'en choisir une. Et de t'y tenir.
Exercice 2 : Mappe tes "ères"
Si ton business a déjà quelques années, regarde en arrière : est-ce que tu as eu des phases visuelles distinctes ? Identifie-les. Donne-leur un nom. Ça t'aidera à voir si ton évolution est cohérente ou chaotique.
↘︎ aller plus loin
Tu te sens “trop designer” pour oser créer librement… et “trop artiste” pour rentrer dans une case pro ? Claire Sollinger raconte comment elle a osé prendre 40m² rien que pour son art, arrêter les ateliers pour donner 2 mois à l’artiste en elle. Écouter ➔
Laurie Giacobi m'avait invitée pour parler de "5 étapes pour créer une identité visuelle percutante". On se pose la question : comment s'assurer que son identité visuelle est au service du business et pas juste "jolie".
Un épisode parfait pour celles et ceux qui veulent passer de l'inspiration (cette newsletter) à l'action concrète. Écouter ➔